"Je dois demander trois jours à l'avance pour aller aux toilettes. Cinq euros à chaque fois"



Dorien Meulenijzer est atteinte d'une maladie musculaire qui la cloue dans un fauteuil roulant. Chaque geste lui impose de demander assistance. La jeune habitante de Louvain, âgée de 27 ans, a besoin du soutien de 50 aidants. Mais le stress et la pression font davantage partie du quotidien de ces travailleurs que l'aspect humain. Elle va même plus loin: "Toute once d'humanité a disparu au profit de la rétribution des soins", regrette-t-elle, affirmant avoir l'impression d'être l'objet d'un travail à la chaîne.
Le quotidien des personnes lourdement handicapées est souvent difficile à imaginer. Une habitante de Louvain souffrant d'une maladie qui affecte la totalité de ses muscles tire la sonnette d'alarme aujourd'hui, révélant son calvaire via la campagne #ookmijnzorg. A cette fin, la jeune femme de 27 ans reçoit le soutien de l'échevine locale des Affaires sociales, Bieke Verlinden.

"Même le passage aux toilettes est chronométré"
Dorien Meulenijzer relate le triste spectacle auquel elle assiste: les soins sont désormais traités comme un produit de consommation dans un marché dirigé par des managers qui se soucient davantage du rendement et de l'efficacité que de l'humain. Quant au système qui encadre les soins proprement dits, il relève de règles carrées et de procédures auxquelles on ne peut déroger. Autant la dimension philanthropique que l'individu n'existent même plus dans les rapports patients/soignants, s'indigne la Flamande qui milite désormais pour un renouveau.

Dans le monde effrayant qu'elle décrit, la flexibilité n'existe pas non plus. Si Dorien veut par exemple répondre à un besoin aussi élémentaire que se rendre aux toilettes sur son lieu de travail, car elle a le mérite de toujours travailler, elle doit rentrer une demande... minimum trois jours à l'avance. Chaque passage dans les lieux d'aisance lui coûte cinq euros. Pire encore, la jeune femme ne dispose que de quelques minutes d'intimité aux toilettes, impossible pour l'employé de la laisser disposer d'un peu plus de temps.

Check-list des gestes, du peigne à la douche en passant par les bas
A elle seule, elle explique dépendre de pas moins de cinquante personnes différentes qui se succèdent chez elle pour l'un ou l'autre soin, tous exécutés séparément. Tout est programmé et doit être exécuté comme prescrit sur le schéma de soins. Chaque geste est planifié et minuté. "Il n'y a aucune marge de manoeuvre", explique-t-elle dans le quotidien flamand Het Nieuwsblad. Forcément, l'humeur et la patience du personnel soignant en pâtissent, ce que Dorien comprend.

L'échevine louvaniste rejoint totalement la jeune femme dans son raisonnement: en courant après la rentabilité à tout prix, on perd tant en efficacité qu'en qualité. Cela s'applique aussi bien aux produits de consommation qu'au secteur des soins. "Que ce soit pour peigner les cheveux ou enfiler des bas de contention, chaque détail de l'acte posé doit être coché sur la liste et exécuté conformément aux procédures établies", écrivent les deux femmes dans un billet publié sur Knack. "Les traitements standard doivent être chronométrés et réalisés dans le laps de temps imparti: 60 secondes pour sortir un patient du lit, deux minutes pour le doucher". La notion de "donner de son temps" ou "prendre le temps de" a totalement disparu du secteur des soins de santé, déplorent-elles.

La santé, un travail à la chaîne?
Et le malade ou la personne handicapée dans tout cela? Comment ne pas se sentir tel un animal, un objet? "Vous avez l'impression qu'on cherche à traiter un maximum de personnes en un minimum de temps, voilà le sentiment que cela donne". Soigner n'est pas censé être un travail à la chaîne, c'est un travail de contact humain. Qui a un jour senti le besoin de se lancer comme aide-soignant, infirmier, le dira: sa vocation n'était pas de voir son sens de l'autre étouffé, aliéné par une série de check-lists astreignantes. "C'est précisément ce que nous redoutons", expliquent les deux femmes qui ont décidé d'unir leurs forces pour sensibiliser à une problématique qui atteint à la dignité et au respect des moins valides.

L'échevine et Dorien souhaitent par ailleurs, grâce à ces témoignages parfois révoltants qu'elles fournissent à la presse cette semaine, donner l'envie à d'autres victimes de ce système de révéler leurs conditions de vie et dénoncer un système de soins rationnalisé à l'extrême.

Madame De Block, une réaction?
Ci-dessous, le clip en néerlandais de la campagne dans lequel l'un de ses aide-soignants reconnaît travailler avec Dorien sans quitter sa montre des yeux. Non par mépris, mais par crainte de manquer de temps pour le prochain patient, chez qui tout est également minuté. Si la manière dont on prend soin des moins valides en dit long sur la société dans son ensemble, il est temps de prendre le problème à bras-le-corps.


Nicolas BOSSUS

Jeudi 23 Février 2017
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