Quand la musique rend sourd
« L’OMS prévoit d’ici dix ans des problèmes auditifs pour la majorité des plus de 40 ans », explique Daniel Léon. Professeur à l’INSAS et ingénieur du son réputé. Il suit depuis des années des adolescents malentendants ou victimes d’acouphènes suite à une overdose de sons. « Ce problème est devenu un de mes sujets de fond. Il faut envisager des solutions pour que cette partie de la population puisse vivre normalement : on imagine les problèmes que cela peut poser dans un tribunal ou lors de réunions, par exemple. »
Les effets sont d’autant plus pervers qu’il faut parfois quinze ans pour se rendre compte de la perte auditive. « Le cerveau compense les pertes quand vous avez des troubles, des sifflements, et cela tant qu’il le peut, mais après 15 ou 20 ans d’affection, les victimes se rendent compte qu’elles sont devenues sourdes. On peut comparer cela à un ampli avec lequel on corrige les aigus jusqu’à ce que le bouton soit au maximum… et là il n’y a plus rien à faire. » L’équivalent de Woodstock Dans le cadre de la « Semaine du Son », Daniel Léon présentera samedi une conférence sur les niveaux sonores des concerts : « On est arrivé à un paroxysme, dit-il. Entre 1970 et aujourd’hui, la puissance des concerts a augmenté de 40 DbA. En d’autres termes, un groupe qui se produit aujourd’hui dans un club de 100 places produit un équivalent-puissance supérieur à l’ensemble du matériel utilisé à Woodstock ! C’est devenu la normalité. Le problème est énorme, mais encore plus pour l’utilisation du baladeur car le problème est multiplié par l’écoute non-stop.» À partir du moment où les lésions sont irréversibles, le seul moyen est de travailler sur la prévention, mais rien ne se met vraiment en place :« La législation qui impose un maximum de 90 DbA pour les concerts n’est pas respectée. L’utilisation de bouchons d’oreilles est une solution qui mène à un cercle vicieux : quand ils sont disponibles à l’entrée d’un concert, ils ne sont utilisés que par 10 % des spectateurs et constituent parfois un alibi pour que les musiciens augmentent encore le volume ! Un peu comme si on visitait le musée Magritte avec des lunettes solaires et qu’on mettait un éclairage supplémentaire pour compenser… ». « La Semaine du Son » est l’occasion de sensibiliser le public à cette problématique : « Le sujet est un vrai tabou. Beaucoup de victimes d’acouphènes ou d’hyperacousie ont du mal à en parler, ils ont souvent peur d’être rejetés, ce qui a des conséquences sur leur vie sociale et mène souvent à la dépression. » Illustration :http://www.francoismaret.ch/dotclear/index.php?2009/04/09/203-la-musique-rend-sourd Lundi 30 Janvier 2012
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