Adrien a 19 ans. Il ne parle pas, est incapable de se concentrer et nécessite une surveillance permanente« parce que depuis tout petit, il est fugueur », confie son papa. Adrien est considéré comme autiste de type B. Une classification un peu abstraite pour ses parents Carine et Philippe qui viennent de se voir refuser une place au centre Farra Clerlande d’Ottignies, un service d’accueil résidentiel pour des adultes atteints d’une déficience mentale sévère ou profonde. Un centre qui accueille des autistes de type C. « Nous avons appris fin août qu’une place se libérait dans cette institution située à quinze kilomètres de chez nous, explique Philippe Boulanger. Jusque-là, Adrien était placé dans une école en région liégeoise, mais au vu de son âge, nous devions trouver un centre pour adultes. Nous avons donc sauté sur l’occasion et nous nous sommes rendus au centre Farra Clerlande. La rencontre avec l’équipe fut excellente. C’était un endroit idéal pour Adrien. Il y a de nombreuses activités. Pour Adrien, c’était le paradis. »
 
La directrice du centre était prête à accueillir Adrien dès le 14 septembre. Il ne manquait plus que l’autorisation de l’AWIPH (Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées). « Mais la semaine dernière, je n’avais toujours pas de nouvelles de leur part, précise Philippe.Je m’en suis donc inquiété et là ce fut le couperet. L’AWIPH me répond que ce n’est pas possible parce qu’Adrien n’est pas reconnu comme étant un autiste de type C. J’ai pourtant vu au centre des personnes ayant les mêmes troubles que mon fils. »
 
Une situation qui attriste la directrice du centre. « Je pensais très sincèrement qu’Adrien allait être placé en catégorie C, précise Marie-Claire Rens. Il a besoin de beaucoup d’encadrement et je ne suis pas certaine qu’un établissement qui accueille des autistes de type B puisse s’occuper d’un cas comme le sien. Je suis surprise et peinée pour les parents parce que je leur ai donné de l’espoir. C’est la première fois qu’une telle situation se produit. Désormais, je ne m’avancerai plus… »
 
Aujourd’hui, Carine et Philippe sont désemparés. « Adrien est constamment à la maison et tourne en rond, confie Carine avec beaucoup d’émotion. Adrien demande une présence permanente, jour et nuit. Et nous avons deux autres enfants que nous ne pouvons pas délaisser. Nous sommes fatigués. Et aucune solution ne nous est proposée. »
 
Des parents dans la détresse qui ne comprennent pas qu’une institution comme l’AWIPH ne puisse leur venir en aide et ne puisse faire preuve d’un peu plus d’humanité. « Cet organisme se retranche derrière la rigueur de son règlement, c’est lamentable, souligne Philippe. Ma femme et moi sommes en incapacité de travail parce que psychologiquement nous sommes au bout du rouleau. Après 19 ans de galère, cette place dans le centre nous permettait d’entrevoir le bout du tunnel. On allait réapprendre à vivre. C’est monstrueux de nous faire cela. »¦