Assistance sexuelle : vers quelle légalité
Alors qu’en Hollande, en Allemagne et en Suisse les services d’assistance sexuelle sont légaux, rien n’existe encore en Belgique à ce niveau
Bien que la notion de vie affective et sexuelle ne soit pas explicitement inscrite dans le texte de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, elle est particulièrement sous-jacente dans les articles concernant le respect de la vie privée et le respect du domicile et de la famille. Toute personne a ainsi droit à une vie affective et sexuelle. Or, en pratique, lorsque le corps ne suit plus, difficile d’avoir des relations sexuelles. Comment dès lors permettre aux personnes handicapées fortement dépendantes d’avoir une vie privée, affective et sexuelle épanouie ? En Hollande, en Allemagne et au Danemark, le débat existe depuis plus de 20 ans et a abouti à la création de services d’accompagnement sexuel et d’assistance sexuelle. Le principe ? Un professionnel, formé à l’approche érotique et sensuelle des personnes handicapées, délivre une prestation sexuelle et/ou érotique. Une solution également adoptée par la Suisse. En France, la légalisation de tels services est en plein débat. Et en Belgique ? “En Belgique, il n’existe aucun service de ce type, explique Sabrina Bauwens, sexologue dans la région de Liège. Or, comme tout être humain, les personnes handicapées ont elles aussi des besoins sexuels. Mais le sujet pose de nombreuses questions : qui seront les assistants sexuels ? Des prostituées, des sexologues, des personnes du monde médical (infirmiers, assistants sociaux…) ? Comment et par qui seront-ils payés ? Les prestations seront-elles remboursées ? Qui aura droit à de telles prestations ?” “Car ici, on se trouve sur le marché de l’érotisme. Ça va plus loin que se tenir la main toute la soirée. C’est un contact physique, une relation sexuelle. Ce n’est pas rien. Alors oui, les personnes handicapées ont droit à une vie sexuelle, mais en pratique cela n’est pas facile à mettre en place car cela pose de nombreuses questions pratiques. Autre problème : quelle sera la réaction des prostituées si nous légalisons la profession d’assistant sexuel alors qu’elles demandent cette légalisation depuis des années et des années ?” Actuellement, lorsqu’une personne handicapée souhaite une relation sexuelle, elle doit se rendre ou demander qu’on l’amène chez une prostituée. Ce qui, pour Michel Mercier, professeur de psychologie à la faculté de médecine aux FUNDP et coordinateur du site H@XY.be, est plus clair. “Au moins, quand on va chez une prostituée, il n’y a pas d’ambiguïté. Je ne suis pas tellement favorable à la mise en place d’un service d’assistance sexuelle car cela risquerait de stigmatiser les personnes handicapées. Il faut rester prudent. L’assistance sexuelle n’est pas la panacée. Il faut encourager surtout l’information et les rencontres entre personnes handicapées.” Une opinion que rejoint Jean-Marc Delizée, secrétaire d’État aux Affaires sociales en charge des personnes handicapées : “L’assistance sexuelle n’est que la pointe de l’iceberg. La vie affective et sexuelle des personnes handicapées est plus large et plus complexe. Ce qui demande une réflexion impliquant tous les acteurs : personnes handicapées, professionnels du secteur, associations, politiques,… Car mieux inclure les personnes handicapées dans la vie sociale aura un impact sur leur vie affective et donc sexuelle.” Lundi 8 Août 2011
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