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Aissatou Cissé, écrivain handicapé : Pour le droit à la sexualité des handicapées



Aissatou Cissé, écrivain handicapé : Pour le droit à la sexualité des handicapées
Ecrivain, féministe et membre du Groupe de recherche sur les femmes et les lois au Sénégal (Grefels), Aïssatou Cissé vit pour la cause des femmes, notamment handicapées. Ce que ses membres l’empêchent de faire, sa plume lui permet de l’exprimer. L’auteur de "Zeïna" et de "Linguère Fatim" fait du droit à la sexualité des femmes handicapées son cheval de bataille.

Sur son fauteuil roulant, Aïssatou Cissé est une femme fière et bien dans sa peau. Après tout, comme elle aime à le dire, le handicap «  ce n’est pas dans la tête  ». De son état, elle n’en fait pas un drame. Au seuil de la quarantaine, cette femme, née de parents enseignants et d’une famille où les filles sont assez «  rebelles et autoritaires  », féministe jusqu’au bout, est une briseuse de tabous.

Ayant reçu une éducation "non restrictive" et ayant toujours "vécu selon ses principes", elle n’a pas peur des mots. Une question lui tient particulièrement à cœur : le droit à la sexualité et à la reproduction des femmes handicapées. Elle est révoltée contre ce déni de fait, cette "discrimination". 
"J’entends les gens dire qu’untel est une handicapée, pourquoi veut-elle avoir des enfants, nous apporter d’autres charges alors qu’on la prend déjà en charge...", s’indigne Aïssatou Cissé. Mais, selon elle, les femmes handicapées ont une sexualité "normale". Et "elles doivent avoir le droit d’avorter quand elles sont victimes de viols, une situation très fréquente chez les adolescentes handicapées, mais elles ont honte de le dire parce qu’elles sont déjà méprisées du fait de leur état, à plus forte raison si elles sont enceintes. Pourtant, ces femmes handicapées qu’on voit dans les rues avec leurs enfants, ces enfants ont bien des pères. Où sont ces derniers  ?...". C’est pour attirer l’attention de la société sur ces "victimes" de l’hypocrisie sociale que le Grefels a récemment organisé un atelier de plaidoyer pour la protection de la santé sexuelle, pour les droits reproductifs pour les femmes vivant avec un handicap. "Nous voulons dire à tous que ces femmes ont les mêmes droits de vouloir donner la vie ou non, d’avoir une santé sexuelle, les mêmes informations sur la planification familiale, de l’assistance médicale comme tout le monde", dit Aïssatou Cissé.

Selon elle, c’est surtout de la compassion que les Sénégalais montrent à l’endroit des personnes handicapées alors que ces dernières ont plus besoin de respect de leurs droits. "Mêmes les structures qui emploient des vigiles doivent exiger d’eux d’avoir du respect et de la sensibilité à l’égard des personnes handicapées", plaide-t-elle. Aïssatou se considère "favorisée" par le sort pour avoir eu la chance de faire des études jusqu’à l’obtention du Brevet de fin d’études moyennes (Bfem), avant d’être obligée d’abandonner pour difficultés d’accès aux bâtiments. "J’étais orientée au lycée Blaise Diagne. Comme j’avais des problèmes pour accéder aux bâtiments, j’étais obligée d’interrompre mes études. Avec mes parents et mes camarades de classe, nous avions écrit à Handicap international, au président Diouf, à l’Assemblée nationale, etc., mais nous n’avons jamais eu de réponse", se désole Aïssatou Cissé. Aujourd’hui encore, elle estime que l’Etat ne fait pas assez pour le respect des droits des personnes handicapées, notamment en matière d’accès aux infrastructures publiques et d’emplois.

Mais Aïssatou n’est pas du genre à baisser les bras à la première difficulté. Elle va bousculer le sort. 
"Je me suis inscrit à des cours de lettres par correspondances", raconte-t-elle. Ce qui lui ouvre les portes de la littérature. Elle est devenue, aujourd’hui, un écrivain confirmé. Son thème de prédilection est, naturellement, la femme sénégalaise. "Zeïna", son premier roman, traite de la polygamie, "Linguère Fatim", une nouvelle qui a été primée par une maison d’édition libanaise parle de la bravoure de la femme sénégalaise. Son héroïne, une vendeuse de poissons, descendante des Bracks du Walo, se bat pour subvenir aux besoins de sa famille... Elle a également écrit trois autres romans qui sont dans des maisons d’édition, attendant d’être publiés. En fait, c’est son propre combat qu’Aïssatou essaie de transposer à travers ses personnages.



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Mardi 23 Février 2010
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